Direction Grosse-Île, une croisière qui nous fait remonter le temps

Je pensais simplement aller découvrir un lieu historique national du Canada, mais je suis revenue avec quelque chose de plus. Une meilleure connaissance de l’histoire de mon pays et des gens qui l’ont marquée ainsi qu’un regard différent. Sans oublier l’émotion devant le destin tragique de plusieurs immigrants, principalement irlandais, et le sentiment d’un devoir de mémoire à leur égard. La visite de Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais fait partie de ces expériences-là.

Comme bien des Québécois, j’avais entendu parler de cette île où des milliers d’immigrants ont transité avant de fouler le continent entre 1832 et 1937. Mais entre connaître un lieu et le vivre, il y a tout un monde.

Cette journée m’a rappelé que l’histoire n’est jamais faite que de dates. Elle est faite de visages de femmes, d’hommes et d’enfants, de silences, d’espoirs exaucés ou déçus et d’une incroyable résilience.

Tout commence à Berthier-sur-Mer.

En montant à bord du Vent des Îles des Croisières Lachance , le vent du large est frais, l’accueil est chaleureux, le personnel attentionné et l’ambiance détendue. Je me suis rapidement laissée porter par le rythme de la traversée et la beauté du paysage.

J’ai eu la chance de visiter la timonerie. Observer le capitaine à l’œuvre, découvrir les instruments de navigation et contempler le Saint-Laurent depuis ce point de vue privilégié donne une tout autre perspective à l’excursion. Derrière cette traversée se cache une véritable équipe passionnée qui prend plaisir à partager son univers et à répondre à toutes nos questions.

Puis, soudain, pendant que le Vent des Îles glisse doucement sur le fleuve en cette journée ensoleillée, une pensée s’est imposée. Nous empruntons aujourd’hui la voie navigable que des centaines de milliers d’immigrants et de réfugiés ont empruntée aux cours des deux derniers siècles. Eux ne faisaient pas une simple excursion. Ils arrivaient après plusieurs semaines passées en mer dans des conditions souvent très difficiles, fatigués, inquiets, parfois malades, avec toute leur vie rangée dans quelques bagages et l’espoir immense d’un nouveau départ.

À mesure que Grosse-Île apparaît à l’horizon, difficile d’imaginer que ce paysage d’une grande sérénité a déjà été le théâtre de tant d’émotions. Aujourd’hui, les arbres dansent au vent, les oiseaux enchantent les berges, les chevreuils gambadent sur l’île et le calme enveloppe les lieux. Pourtant, chaque bâtiment semble encore murmurer les récits de celles et ceux qui sont passés ici.

Dès notre arrivée, on sent tout le soin apporté à l’expérience. Les équipes de Parcs Canada – Grosse-Île-et-le-Mémorial-des-Irlandais accueillent les visiteurs avec professionnalisme et bienveillance. Tout est remarquablement orchestré, sans jamais être trop lourd. On se sent accompagné, guidé, invité à prendre le temps, à découvrir et à comprendre le passé. Notre guide, Vicky, une passionnée, a elle-même été l’un des coups de cœur de cette journée. Certaines personnes maîtrisent l’art de transmettre l’histoire. Vicky, elle, la fait revivre.

Sa passion est communicative. Maîtrisant le sujet à la perfection, elle raconte avec sensibilité, nuance et une grande humanité. À plusieurs reprises, j’ai oublié que je participais à une visite guidée. J’avais plutôt l’impression que Vicky nous ouvrait une fenêtre sur le passé.

Grâce aux personnages en costume, aux animations historiques et aux bâtiments si bien préservés et mis en valeur, Grosse-Île demeure un lieu vivant. On ne fait pas que visiter une ancienne station de quarantaine; on imagine les familles qui attendaient des nouvelles, on entend le rire des enfants qui jouaient malgré l’incertitude, on voit les médecins, les infirmières, les interprètes et tous ceux qui tentaient d’apporter un peu de réconfort dans une période où l’avenir demeurait profondément incertain.

Puis il y a eu ces petites croix. Curieusement, ce n’est pas un grand monument qui m’a le plus bouleversée. Ce sont ces croix si modestes. Notre guide nous explique qu’à certaines périodes, lorsque les ressources venaient à manquer, elles étaient fabriquées avec ce que l’on trouvait sur place. Certaines, telles que celles qu’on peut apercevoir près du lazaret (hôpital), étaient même confectionnées à partir de simples bouts de tuyaux. Elles n’ont rien de spectaculaire, mais sont chargées d’émotions. Et c’est justement ce qui les rend si touchantes. Elles témoignent d’une époque où, malgré la maladie, le deuil, et les conditions difficiles, on tenait encore à offrir un dernier geste de dignité à ceux qui ne poursuivraient jamais leur route. 

Un autre monument impressionnant mérite toute notre attention : la grande croix celtique. Elle nous rappelle que plus de 5000 immigrants irlandais sont morts et furent inhumés à Grosse Île “après avoir fui les lois de tyrans étrangers et une famine artificielle dans les années 1847-1848″.

À cet instant, les chiffres disparaissent. L’histoire redevient profondément humaine. C’est probablement ce qui m’a le plus marquée à Grosse-Île. On ne découvre pas uniquement un lieu historique. On rencontre, à travers les récits et les traces qu’ils ont laissées, des personnes qui, par leur courage et grâce à leurs descendants, ont contribué à façonner le Québec et le Canada d’aujourd’hui. 

Et pourtant, malgré toute cette charge émotive, l’île est d’une beauté saisissante. Les grands arbres centenaires, les maisons patrimoniales, les chemins bordés de verdure et les panoramas sur le Saint-Laurent composent un décor d’une rare tranquillité. Il y règne une douceur presque inattendue. Comme si la nature avait choisi de protéger la mémoire des lieux.

Avant de reprendre le bateau, je me suis retournée une dernière fois vers l’île. Quelques heures plus tôt, j’y arrivais avec la curiosité d’une voyageuse. J’en repartais avec beaucoup plus que des souvenirs. Et de retour sur le bateau, je regardais Grosse-Île s’éloigner doucement, en pensant à tous ceux qui avaient contemplé cette même rive avant moi. Certains avec soulagement, d’autres avec inquiétude. Plusieurs sans savoir ce que les jours suivants leur réserveraient.

Nous avons traversé le même fleuve. Et c’est sans doute cette pensée qui continuera de m’accompagner longtemps.

Parce qu’au-delà de la qualité exceptionnelle de l’expérience offerte par les Croisières Lachance, de l’accueil irréprochable de Parcs Canada – Grosse-Île et le Mémorial-des-Irlandais, de la beauté des paysages de ce lieu historique du Canada et de la richesse des animations, Grosse-Île nous rappelle une chose essentielle : notre histoire s’est construite grâce au courage de femmes, d’hommes et d’enfants qui ont tout quitté pour espérer une vie meilleure.

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