Road trip sur la Côte-Nord, encore et encore

La Côte-Nord m’appelle lorsque j’ai besoin d’espace. De silence. De nature brute. De longues routes devant moi, de plages de sable presque désertes, d’épinettes, de vent, de fleuve et d’horizons qui semblent ne jamais vouloir finir. Quand j’ai envie de respirer plus grand, voilà ma destination. Alors, reprendre la route 138 … était des retrouvailles.

Le plaisir de reconnaître certains paysages, de retrouver des endroits que j’aime et, surtout, de savoir qu’il reste toujours une petite route encore jamais empruntée, un village où m’arrêter ou un bout de plage sur lequel marcher sans avoir prévu de le faire.

C’est probablement ce que j’aime le plus de la Côte-Nord : même lorsqu’on pense la connaître, elle conserve cette capacité de nous surprendre. Et puis il y a la route. J’adore! Je suis une roadtripeuse!

Des kilomètres et encore des kilomètres. Des rivières à saumon. Le Saint-Laurent qui apparaît, disparaît derrière les épinettes et revient soudain prendre toute la place. Des villages qui s’espacent à mesure que l’on avance vers l’est. On finit naturellement par adopter un autre tempo. Celui où il devient parfaitement acceptable de perdre la notion du temps. Alors, fenêtres ouvertes lorsque la température le permet, odeur d’embruns et d’épinettes en prime : je suis revenue à ta rencontre.

Voici les endroits que j’avais envie de retrouver… et ceux qui m’ont nouvellement séduits.

Longue-Rive

Sur la Côte-Nord, j’ai depuis longtemps compris quelque chose : il faut parler aux gens. Demander où ils vont marcher. Où se trouve leur plage préférée. Quel chemin prendre. Où s’arrêter en route. Ce sont souvent eux qui vous envoient vers les endroits dont vous vous souviendrez le plus. Longue-Rive en est un bel exemple.

Le parc de la chute de la rivière du Sault au Mouton est connu dans le secteur et mérite qu’on quitte un moment la 138. La rivière descend entre les rochers, l’eau est claire, la forêt enveloppe le site et le bruit de la chute couvre presque tout le reste. Exactement le genre de pause que je recherche lorsque je roule sur la Côte-Nord. Quelques pas suffisent parfois pour que la route disparaisse complètement.

Les Îlets-Jérémie

Une chose est certaine : si vous restez uniquement sur la 138, vous allez manquer une partie de la Côte-Nord que j’aime profondément. Les Îlets-Jérémie font partie de ces petits détours. Il faut quitter la route principale pour rejoindre ce lieu chargé d’histoire, intimement lié à la présence innue sur le territoire.

La chapelle actuelle, construite en 1939 sur le modèle d’une première chapelle érigée en 1735, se trouve sur un ancien site de traite et de rassemblement. Le lieu demeure également associé à la tradition de pèlerinage des Innus, mais je vous conseille surtout de poursuivre jusqu’au belvédère. Le fleuve s’ouvre devant soi avec cette immensité dont je ne me lasse décidément jamais.

Baie-Comeau

Baie-Comeau réserve une ambiance complètement différente lorsqu’on quitte la portion très commerciale de la 138 pour rejoindre le secteur historique. Je préfère de loin ce Baie-Comeau-là. La place La Salle, les rues autour, le fleuve tout près… J’aime y flâner sans véritable objectif. 

La baie Saint-Pancrace : un fjard avec vue

À quelques kilomètres de Baie-Comeau, direction Sept-Îles, la baie Saint-Pancrace et son fjard et oui, on parle bien d’un fjard. Le belvédère permet de prendre de la hauteur et d’observer cet immense bras d’eau encadré par les reliefs rocheux. Une vue spectaculaire sur le Saint-Laurent et ce paysage façonné par les glaciers. Le lieu possède aussi sa petite histoire : la baie aurait servi aux contrebandiers pendant la prohibition dans les années 1930. Ce récit aurait d’ailleurs inspiré le nom de la Microbrasserie St-Pancrace.

Manic-5

Manic-5 demande un détour important puisque, depuis Baie-Comeau, il faut quitter la 138 et remonter la route 389. Mais si vous avez le temps, faites-le. Même lorsqu’on sait que le barrage Daniel-Johnson est gigantesque, l’arrivée devant sa structure provoque son petit effet. Il faut lever la tête. Beaucoup. Vraiment impressionnant!

Manic-5 est le plus grand barrage à contreforts et à voûtes multiples au monde. Sa taille est phénoménale, mais j’aime surtout la visite parce qu’elle permet de comprendre tout ce qui se cache derrière cet ouvrage colossal. Le site se trouve également sur le Nitassinan des Pessamilnuat. Un belvédère consacré à leur histoire permet aujourd’hui d’aborder le territoire et les impacts liés à la construction de l’aménagement hydroélectrique. Cette dimension mérite pleinement de faire partie de la visite.

Rivière-au-Tonnerre

Plus j’avance vers l’est, plus je ressens ce que je viens chercher sur la Côte-Nord. L’espace s’agrandit. Les distances aussi. Rivière-au-Tonnerre incarne particulièrement bien cette sensation. Le village est pittoresque.

Son église en bois surprend immédiatement. Construite au début du XXe siècle grâce au travail de centaines de bénévoles, elle possède un intérieur étonnant, avec ses couleurs pâles et sa voûte finement sculptée. À proximité, les sentiers des chutes permettent une petite marche parfaite pour délier les jambes avant de reprendre la route. Mais je dois l’avouer : ce que j’aime par-dessus tout à Rivière-au-Tonnerre, ce sont ses plages.

Quand je dis que la Côte-Nord est l’endroit où je vais lorsque j’ai besoin d’espace, c’est exactement à ce genre de paysage que je pense.

Magpie

Magpie fait partie de mes endroits chouchous. Attention, on pourrait très facilement passer devant sans le voir puisqu’il faut, encore une fois, quitter la route 138, mais quelle erreur ce serait. Le petit village est niché au creux de son havre, entouré de rochers, d’eau et de maisons dispersées. Pas besoin d’attraction spectaculaire. J’aime justement ce hameau parce qu’il ne semble pas essayer d’impressionner. Il est simplement là. Beau. Paisible.

Le secteur a longtemps vécu au rythme de la pêche à la morue et le havre accueillait autrefois de nombreux bateaux. Aujourd’hui, on peut grimper vers le belvédère, marcher dans les sentiers et regarder le large… sérénité assurée.

Longue-Pointe-de-Mingan

Impossible de parler de cette portion de la Côte-Nord sans regarder vers les îles.

À Longue-Pointe-de-Mingan, il me fallait voir l’archipel de Mingan. Et franchement, cette excursion reste parmi mes très beaux souvenirs de la région. Les formations calcaires apparaissent peu à peu. Les oiseaux marins prennent possession du paysage. On surveille l’eau dans l’espoir d’apercevoir une baleine ou un phoque. Puis viennent les escales sur l’île Nue et l’île aux Perroquets. L’île Nue porte merveilleusement bien son nom avec sa végétation basse et son paysage presque nordique.

L’île aux Perroquets offre quant à elle l’une de ces images typiquement minganoises : le phare, le golfe et les macareux moines. Préparez l’appareil photo. Petit conseil : habillez-vous chaudement, car même lorsque le soleil donne l’impression très convaincante que votre petit manteau peut rester dans la voiture. Ne l’écoutez pas.

Le ruisseau rouge du Cap Ferré

Voilà encore exactement le genre d’endroit que j’aime trouver sur la Côte-Nord. Du bouche-à-oreille, une petite indication très discrète. Un chemin qui s’éloigne de la route et cette curiosité qui me fait toujours penser : « Bon… allons voir. »

Le secteur du Cap Ferré, près de Havre-Saint-Pierre, mène notamment vers le ruisseau rouge qui se jette entre les rochers avant de rejoindre le golfe. De l’eau colorée par les minéraux, du roc, des formations calcaires, le bruit des vagues. Magnifique!

Baie-Johan-Beetz

La route traverse ce petit village où les maisons semblent presque déposées entre le roc et l’eau. Le Château Johan-Beetz attire naturellement le regard et rappelle l’histoire étonnante de cet aristocrate belge, naturaliste et entrepreneur qui s’est installé dans le secteur à la fin du 20e siècle. Au-delà de l’histoire, j’aime surtout prendre quelques minutes pour circuler lentement sur la presqu’île à travers ces oeuvres éphémères.

Natashquan

Il y a des noms qui possèdent déjà une musique. Natashquan en fait partie, car impossible de dissocier le village de Gilles Vigneault, qui l’a vu naître et dont l’univers demeure intimement lié à ce coin de pays. La Vieille École, les Maisons Vigneault et les lieux associés à son enfance permettent d’entrer doucement dans cet imaginaire.

Mais lorsque je pense à Natashquan, mes premières images sont ailleurs. Le sable. Les grandes plages. L’eau. Et cet horizon incroyablement dégagé.

Puis il y a le Galet, ce petit ensemble de bâtiments de pêcheurs installés sur leur presqu’île rocheuse. Ils servaient autrefois à entreposer le matériel, saler et sécher la morue ou conserver l’huile de loup marin. J’aime énormément cet endroit.

Peut-être parce qu’il réunit tout ce qui me ramène vers la Côte-Nord : le territoire, l’histoire, la mer et une certaine simplicité.

Kegaska

Et puis la route continue. Encore un tout petit peu. Jusqu’à Kegaska. À un peu plus de 40 kilomètres à l’est de Natashquan, la 138 s’arrête. Le fameux « boute du boute ». Oui, je voulais revoir le panneau. Parce qu’un panneau indiquant que la route se termine possède forcément un certain pouvoir d’attraction sur quelqu’un qui adore les road trips, mais Kegaska mérite surtout qu’on dépasse cette photo presque obligatoire.

Parce que mon coup de cœur se trouve un peu plus loin.

Le sentier du Brion

Le sentier du Brion est justement la preuve qu’un bout de route n’est pas nécessairement une fin. On poursuit à pied. Le sentier traverse l’île de Kegaska jusqu’aux vestiges du Brion, un cargo provenant des Îles-de-la-Madeleine qui s’est échoué sur les rochers en 1976. Le décor est magnifique. La lande. Le golfe. Le vent. Et puis cette épave rouillée qui apparaît dans le paysage. Un endroit brut, un peu étrange, un peu mélancolique aussi. Je trouve qu’il ressemble parfaitement à cette partie de la Côte-Nord. Et qu’il représente merveilleusement bien la fin de ce road trip.

Pourquoi je retourne sur la Côte-Nord?

Oh, là, là que je pourrais dresser une longue liste des raisons. Les gens. Les petits villages. Les rivières. Les plages. Les îles. Les phares. Les longues routes, mais ce ne serait encore pas exactement ça. Je retourne sur la Côte-Nord pour ce qu’elle me fait ressentir.

Quand mon quotidien devient trop rempli, quand j’ai besoin que l’horizon s’élargisse, quand j’ai envie d’entendre davantage le bruit des vagues que celui de la ville, je sais où j’ai envie d’aller. Vers l’est. Sur la 138. J’y retrouve cette nature encore brute et sauvage que j’aime tant. Des kilomètres de forêt. Des étendues où le regard peut aller loin. Des plages de sable sur lesquelles on peut marcher longtemps. Le Saint-Laurent qui accompagne presque continuellement le voyage. Et surtout, de l’espace. Beaucoup d’espace.

Je ne retourne donc plus vraiment sur la Côte-Nord pour la découvrir. J’y retourne pour la retrouver. Et, peut-être aussi, pour retrouver cette petite partie de moi qui respire toujours un peu mieux quand il y a une route devant, du sable sous mes pieds et un horizon immense devant les yeux.

3 réponses à “Road trip sur la Côte-Nord, encore et encore”

  1. Bonjour, j’adore vos post 😍 Nous prévoyons un voyage dans votre belle province l’été 2027 (mi Aout – mi Septembre), normalement pendant 1 mois. Montréal, Mauricie, Bas St Laurent jusque Percé, puis retour vers le Fjord via la route des Chic Chics pour en faire le tour et rejoindre Québec par Charlevoix. J’avais prévu la Côte Nord jusque Mingan, mais le voyageuse nous l’a déconseillé à cause de la route et du faible développement touristique. Il remplace ces qq jours par Montréal Tremblant et les 2 par s de Charlevoix. En voyant vos photos et commentaires, je ressens comme un regret de ne pas faire la Côte Nord….

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    • Bonjour Audrey, quel programme! La Côte-Nord est une destination authentique, certes avec un peu moins de facilité en hébergement bien que j’ai toujours pu y trouver quelque chose au besoin, mais on va sur la Côte-Nord pour ses paysages, pour l’immensité, pour la beauté et surtout pour sa tranquillité. Mon conseil : ne sous-estimer pas les distances. Parfois ce n’est pas la quantité à voir mais la qualité du voyage qui est la véritable expérience. Je vous souhaite de belles découvertes. Notre Québec est vaste et magnifique 🙂

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  2. J’avais prévu de couper la route à Rivière du Tonerrre justement, avec sa chute, son église… et ensuite de rester 2 jours à Havre st Pierre pour la croisière et Cap Feret. Très peu d’hergement par contre…. Vs auriez des conseils supplémentaires ? Merci et bonne route

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